Une autre forme d’Administration …

J’ai grandi dans une famille conservatrice, c’est-à-dire que chez nous, le Coran, les chapelets et les tapis de prières sont comme les brosses à dents, chacun à la sienne.

images (3)Quand j’étais petit, et que la famille se rassemblait derrière mon père pour la prière commune, je rejoignais les rangs et suivais aveuglement les gestes des prieurs. Cela amusait la galerie, et j’étais fier de moi. Je sentais qu’en imitant les gestes des adultes, j’en deviendrai un. Je crois que j’ai adopté le même procédé pour la cigarette.

Aux alentours de l’âge de 5 ans, pour parfaire mon enseignement théologique, mon père m’envoya étudier à  la « Madrassa », l’école coranique. J’y ai appris le coran, la discipline, la haine des juifs, la supériorité de l’homme à la femme, les miracles scientifiques du Coran, la splendeur de l’Islam à son apogée, l’affreux supplice de la Tombe, l’éternité de l’Enfer et du Paradis, et comme j’avais une certaine admiration envers les petites filles de mon âge, je rêvais secrètement de finir en martyr pour fonder une famille avec les 72 divines vierges du Paradis.

Mon père était fier de ce qu’on m’enseignait, jusqu’au jour où il dut me retirer de la Madrassa, parce que des rumeurs pas très hétérosexuelles circulaient sur le compte de l’Imam de notre école. Ce jour là mon père m’expliqua le châtiment que réserve Dieu pour les impies de l’anus. Ce jour là, j’ai aussi réalisé que ce que nous faisait faire l’Imam n’était pas très islamique. Mais ça je l’ai gardé pour moi, parceque je n’ai pas voulu que mon Père applique la Chariaa sur moi.

J’ai tout de même continué la Religion en amateur, c’est-à-dire à la maison. Et c’est ma sœur qui m’a appris a posé mes rotules correctement par terre, et à donner un sens à mes positions de prières. Avec le temps, j’ai appris les sourates qu’il fallait réciter et les gestes avec lesquelles les accompagner !

La prière est ainsi devenue une gymnastique automatique de mon corps et de mon âme. Un protocole rigoureux, signe de respect envers Dieu, à la fin duquel, je consacrai toujours quelques minutes d’improvisation personnelle durant laquelle je demandais une faveur à Dieu. N’est ce pas là l’objectif d’une prière avant tout ?

Mes requêtes pour Dieu dépendaient  du contexte dans lequel j’étais. En période d’examen, je demandais une bonne note, en période de vaches-maigres, je demandais de l’argent et en période ordinaire, je demandais une place au Paradis, et la libération du peuple palestinien.  Ça c’est mon coté altruiste…

Bref, je murissais avec le temps, et j’étais toujours assidu dans mes séances de prières. Je fournissais les efforts nécessaires pour aller prier à la Mosquée, quand je pouvais m’éclipser discrètement du boulot. Car mis à part les « hassanet » supplémentaires  -on pourrait traduire ça par « bonus sur bonne action » – qu’on récolte dans les prières à la Mosquée, j’appréciais surtout que l’Imam se chargeait de la séance de prière, me dispensant ainsi des efforts de récitation et de réflexion. Tout ce qui m’incombait comme tâche durant cette prière, était d’ajuster ma position en fonction de celle de l’Imam, tout en disant « Allahou Akbar ».

Et nos discussions à la fin de la Prière, tournaient principalement autour du même thème : « Comment rétablir la grandeur d’antan, de l’Empire Musulman ? » La question à 1 milliard de Rial qatari.

Indian-muslims-prayingCette routine religieuse était supposée prendre fin lors de mes pompes funèbres, jusqu’au jour où je suis passé par cette mauvaise expérience. Habituelle et routinière à première vue, elle fut toute autant symbolique à mes yeux. Là voici.

Un jour où j’ai été pris dans un embouteillage monstre dans le centre de Tunis, J’arrivai en retard devant  une administration gouvernementale, dans laquelle j’étais supposé régler quelques papiers. Les portes étaient fermées avant l’heure, et les employés avaient disparu de façon mystérieuse.  Mais c’était chose courante en Tunisie, alors sans trop rouspéter, je décidai de me diriger vers la plus proche mosquée afin d’y effectuer la prière du « Âasr ». Manque de bol, ce jour là n’était pas le mien, puisque j’avais manqué la prière de quelques minutes et la mosquée avait aussi fermé ses portes.

J’ai du me résigner à rentrer bredouille du centre ville, sans avoir pu régler mes papiers, ni m’adresser à Dieu.

Et durant tout le trajet du retour, la question qui trottait dans ma tête, commençait  à devenir persistante, voir même désobligeante ! J’ai d’abord cru que c’était une pensée diabolique, alors j’ai essayé de l’oublier en récitant des sourates du coran, pour éloigner le diable de mes pensées ou pour occuper mon esprit, je ne sais pas. Mais ça marchait quand j’étais petit !

La question que mâchait et remâchait mon cerveau, avait l’air d’être hérétique, et pour une fois, j’ai  mis mes croyances et ma foi de coté, pour explorer le fond de la question. Probablement pour y apporter une réponse religieuse et ainsi me débarrassé de mes tourments.

La religion de nos jours est devenue tout aussi administrative que les administrations étatiques. La Prière traditionnelle et l’Administration régissent l’être humain de la même façon :

1- Elles ont des horaires : Les horaires de prières et les horaires administratifs.
2- Elles demandent une certaine rigueur dans la tenue vestimentaire (on ne va pas au Poste de Police en short)
3- Il faut s’orienter vers une direction particulière.
4- Il y a toujours un  intermédiaire entre vous et celui que vous voulez rencontrer.
5- Des gestes répétitifs dont on ne comprend pas l’utilité, mais c’est la procédure disent elles respectivement.

Une  fois plongée dans la noirceur de l’hérésie, une question brillait tout au loin : « Pourquoi
Dieu aurait-il crée autant d’entraves et d’obstacles et d’intermédiaires et de protocoles pour s’adresser à lui et l’adorer ? »images (2)

N’est ce pas contraire à l’universalité de Dieu et à son omniprésence que d’imposer des règles toutes aussi rigides ? Ne pourrais-je pas prier Dieu alors que je suis en train de conduire la voiture ? Y a-t-il des ondes émises par le tapis de prière qui capte l’attention de Dieu, pour qu’il s’intéresse à notre prière ? Faut il que je me prosterne pour prouver la supériorité de Dieu et mon admiration à son égard, n’est ce pas là une coutume moyen-ageuse, entre un Roi et ses sujets ?

Toujours est il, qu’aujourd’hui après plus d’une décennie de bons et loyaux services envers ma Religion, je venais me rendre compte d’une chose : Durant tout ce temps, j’avais omis le coté spirituel de la religion pour me consacrer exclusivement à la procédure traditionnelle que mon Père m’a léguée, sans que je ne sache vraiment l’expliquer.

Dieu n’est pas dans la mosquée, ni à l’église. Dieu n’a pas besoin de te voir te prosterner pour lui prouver que tu lui en es reconnaissant ! Le créateur est partout et à n’importe quelle heure. Il est temps de reconsidérer ma relation avec Dieu, je pense qu’aucune personne sur Terre ne devrait me dicter la façon avec laquelle je devrai exprimer ma reconnaissance envers  Dieu …

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